Droits de l'homme : le double jeu de Kigali

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Au moment où le Rwanda décidait de se retirer de la Cour africaine des droits de l’homme, il approuvait parallèlement les conclusions du Conseil des droits de l’Homme pour l’ONU sur le Rwanda pour l’année 2015. 
Et faisait de grandes promesses pour l’année 2016 : garantir la liberté de presse et d’opinion, en éliminant les dispositions juridiques qui font entrave… 
Depuis le dernier examen des droits de l’hommes au Rwanda, note HRW, des progrès ont été effectués, notamment en matière de liberté de presse, en autorisant par exemple l’expression de points de vue critiques, mais de nombreuses entorses ont également été constatées. Plusieurs journalistes ont été arrêtés, et le président de la commission rwandaise des médias a dû fuir le Rwanda en 2015, du fait de menaces proférées contre lui. Le service en kinyarwanda de la BBC reste par ailleurs suspendu. "Cette suspension prive les Rwandais d'une des rares sources indépendantes d'informations, de commentaires et de débats exprimés dans leur propre langue". 
Le Rwanda considère pour sa part qu’il a mis en œuvre une recommandation d’enquêter sur les allégations de torture et de mauvais traitements lors d’interrogatoire dans des centres de détention. Mais Human right watch tempère l’enthousiasme du Rwanda, en rappelant que de nombreux cas de torture n’ont pas fait l’objet d’enquête des autorités rwandaises. HRW se félicite par ailleurs de la mise en place d’une réglementation concernant le centre de transit de Gikondo, tant décrié, même si cette réglementation reste lacunaire. "Le gouvernement rwandais a accepté une recommandation l’invitant à effectuer des enquêtes sur des cas d'arrestations ou de détentions arbitraires présumées, et de disparitions forcées. Human Rights Watch a documenté plusieurs affaires de ce genre dans la période couverte depuis le dernier EPU du Rwanda en 2011", note l'association de défense des droits de l'Homme. 
Human Right watch relève également une contradiction entre les intentions du Rwanda et ses actes. Si, lors de l’examen de l’ONU, le Rwanda s’est engagé à soutenir les mécanismes de justice internationale, il a parallèlement retiré le 29 février sa déclaration autorisant les individus et les organisations non gouvernementales de saisir directement la Cour africaine des droits de l’homme. Une décision qu’a dénoncé la Fédération internationale des droits de l’homme : "La récente décision du gouvernement de la République du Rwanda de retirer sa déclaration sous l’article 34(6) du Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples sur l’établissement de la Cour Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (« le Protocole ») représente un recul important pour la protection des droits humains dans le pays et en Afrique." Selon New Times cité par le blog NKB, la plainte déposée par l’ex-sénateur Stanley Safari devant la Cour africaine, condamné en 2009 pour génocide et depuis en fuite, a provoqué la colère de Kigali, qui aurait décidé de se retirer. Mais Stanley Safari est loin d’être le seul. Six plaintes ont été déposées. Parmi les plaignants, les opposants vedettes à Kagamé : Victoire Ingabiré, Kayumba Nyamaswa, Kennedy Gihana, secrétaire général du parti d’opposition Rwanda national congress, ou encore Laurent Munyandilikirwa, membre de la commission rwandaise des droits de l’homme. 
 
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